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Jadotville – Katanga 


Tu t’appelais Sébastien
Et je me souviens de toi.
Nous étions tous deux gamins
À  Jadotville, Katanga.

Pour les maths, français et latin,
Tu étais un élève brillant.
Tu nous prêtais tous tes Tintin.
Tu apprenais même le flamand...

Quand tu récitais l’Histoire
De nos ancêtres les gaulois
C’était pas facile d’y croire
C’était même difficile pour moi.

En classe nous avions tous douze ans
On rigolait entre copains.
Et on partageait les mêmes bancs.
Entre gosses on s’entendait bien.

C’est un petit souvenir banal, 
Maintenant que nous sommes tous grands.
Il est loin l’athénée royal.
Mais es-tu  bien encore vivant ?

C’était en mille neuf cents soixante
On croyait la vie devant nous,
La politique est méchante
Le monde est devenu fou.

On voulait grandir ensemble,
Et marcher la main dans la main,
Croire au futur qui rassemble
Parcourir le même chemin.

J’ai oublié son visage
Son regard le son de sa voix.
A-t-il aussi pris de l’âge
Et autant de rides que moi ?

Il est toujours dans ma mémoire
Il me parle du bon vieux temps.
Sébastien avait la peau noire
Il venait à l’école des blancs.

Il s’appelait Sébastien,
Vit peut-être encore là-bas
Comme quand on était gamins
À Jadotville, Katanga…






Croissant sans café-crème
ou 
qui a peur de l’islamisation librement consentie ?

(Nouvelle)

INTRODUCTION 

Le lendemain de l’élection de Mohamed ben Abbès, qui devenait donc le premier président musulman de la France comme Michel Houellebecq l’a expliqué dans son livre « Soumission »,  la nation fut plongée dans le plus profond et le plus sincère soulagement car, enfin, c’en était fini de cette clique de politiciens ignorants, vaniteux, corrompus, magouilleurs. Finalement le changement était là, bel et bien et tout le monde eut confiance car on savait que le nouvel homme au pouvoir était une personne sérieuse et compétente qui allait s’entourer d’une équipe de collaborateurs également intègres.
Il n’y eut pas de cortèges de voitures klaxonnantes, ni de débordements comme au foot parce qu’on était fatigué et, toutes tensions relâchées, tout le monde se dit “Ouf, enfin…” car il était grand temps.


DANS LES HAUTES SPHERES DE L’ETAT…

On s’habitua rapidement au nom du président ben Abbes. Il s’appelait Mohammed comme tous les premiers nés et préféra se faire connaître sous son deuxième prénom “Arif”, nom prémonitoire qui signifie “habile” et qui lui avait valu le surnom de Harry pendant son cursus scolaire depuis le Collège Américain de Lugano et la fac à Harvard jusqu’au peaufinage à Oxford.
Puisque Arif avait eu des grands-parents arabophones et une nurse allemande, il connaissait l’arabe et se débrouillait en allemand. De sa petite copine tessinoise il avait appris suffisamment d’italien et pour le reste il parlait autant l’argot américain que la belle langue châtiée de Shakespeare. Comme Abdallah, qui connaissait plus d’anglais que d’arabe quand il fut nommé roi de Jordanie, Arif connaissait plus de français que d’arabe mais il jonglait autant avec les salamalecs orientaux qu’avec les protocoles occidentaux. On ne risquait donc pas qu’il parle pendant le « God save the Queen », fasse des selfies idiots aux enterrements ou s’assoie avant la reine d’Angleterre.

Il était excellent cavalier et se délectait autant aux excentricités genre cow boy, souvenirs du Montana qu’aux raffinements du polo pratiqué parmi la gentry.  Bref ça faisait longtemps que la France n’avait eu un président à la hauteur d’un prince William, ce qui changeait du p’tit nerveux ou de la grosse patate.  Il ne lui manquait plus qu’une épouse du niveau de la reine Rania ou de la princesse Lalla Salma… D’ailleurs on chuchotait que non seulement les cours européennes commençaient à faire la liste de leurs héritières à marier, mais surtout que la prospection était lancée dans les meilleures universités car il lui fallait une épouse autant belle qu’intelligente, genre Laetitia d’Espagne.
Le mariage, non seulement civil mais aussi religieux, d’un président français en fonction, quelle allure cela allait avoir, surtout si ce mariage était mixte et combinait œcuméniquement les fastes musulmans et les pompes catholiques avec la présence des dignitaires religieux, des têtes couronnées occidentales et orientales et de leurs suites. Pour loger tout ce beau monde il allait falloir actualiser tous les châteaux de la Loire  et sans doute aussi les autres, ce qui allait booster l’emploi et le tourisme.  D’autant plus que tous les chefs d’état se connaissaient puisqu’ils avaient fréquenté les mêmes écoles, les mêmes pistes de ski, les mêmes îles privées, les mêmes clubs sélect et les mêmes couturiers et ainsi de pères en fils…

Du côté de l’Elysée et des autres sièges du pouvoir, outre le soulagement d’après  campagne et victoire électorales, les déménagements tournaient à plein régime: les précédents locataires s’en allaient et les nouveaux s’installaient. En attendant, le nouveau président s’était retiré au Château de Fontainebleau gracieusement mis à sa disposition par  son altesse Cheikh Khalifa ben Zayed Al Nahyane,  l’émir d’Abou Dabi et président des Émirats Arabes Unis qui, après avoir restauré le théâtre Napoléon III, avait fini par acheter tout le château. Arif n’en avait pas encore parlé mais il comptait  bien laisser les paperasses, les embouteillages et la pollution de Paris pour s’installer définitivement à Fontainebleau, entouré de son cercle rapproché et de ses services principaux au nom de l’efficacité et même de l’économie.

Donc, au lendemain de son élection son « mobile-muezzin », cette fameuse invention qui avait été primée en Suisse dès 2009 et rendait obsolète la construction des minarets, avait sonné à 4h38. Il s’était levé, avait fait ses ablutions rituelles et ses prières, puis s’était fait apporter un petit déjeuner très british, copieux, substantiel et intégralement bio. Ensuite il avait fait son heure d’équitation pour tester le splendide alezan que le roi d’Arabie venait de lui envoyer. Belle bête, encore un peu effarouchée par le jet lag mais qui portait un nom de pédigrée à tellement de tiroirs qu’il le rebaptisa “Kahwa” pour les intimes puisque sa robe était sombre comme la nuit, son regard doux comme l’amour et son odeur chaude comme l’enfer, qualités du café que Arif avait apprises de sa gouvernante allemande.

Ensuite, Arif se retira dans sa salle de bains et, quand une heure plus tard, il en ressortit, il était frais comme le jasmin mais sa tenue en jeans de soie, chemise Mao en shantung et baskettes Louboutin indiquait qu’on n’allait pas chômer et tout de suite se mettre sérieusement au boulot.
Il s’installa dans un des petits appartements, fit appeler ses compagnons les plus proches et les plus fidèles et servir du thé au cardamome qu’il avait appris à apprécier lors de tournois de polo dans l’Hindou Kusch.
“Bon – dit-il – on commence par où ?” comme si dans sa tête tout n’avait pas été clair et réglé comme du papier musique…
“ Faut que tu nommes tes ministres…”
“La liste est déjà faite et tout le monde est déjà briefé…mais comme désormais chacun s’occupera de ses affaires sans mettre le bec dans les affaires des autres, et surtout que les ministres, eux aussi, seront payés comme dans le privé proportionnellement à  leurs résultats obtenus, on les verra moins parader à s’écouter parler et ils auront plus souvent leurs mains dans leur pâte…  Mais nous, le staff directeur, allons tout de suite au plus pressé, à votre avis qu’est ce qui va être notre première priorité ?”
“La sécurité !” répondirent ses conseillers à l’unanimité.
“C’est aussi mon avis, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai été élu, les gens veulent
pouvoir marcher en rue sans se faire égorger.” “Les prisons sont pleines…”
“Svp, Karim, appelez-moi Mohamed…”
“Lequel?”
“Celui du Maroc sur son numéro privé.”
“Allo, c’est toi Mo? Ici Harry…”
Suivirent les salamalecs d’usage et puis Arif entra dans le vif du sujet. “Je t’appelle parce que je suis dans la merde à cause de tes délinquants qui remplissent mes prisons françaises au lieu que ce soit toi qui t’en occupes chez toi… Comment ça non ? Mais si mon vieux, ces types ont peut-être des papiers français mais comme l’a bien expliqué ton grand-père le roi Hassan II à Anne Sinclair, les Marocains ne deviendront jamais des Français, ce sont des étrangers avec des papiers français qui encombrent mes prisons et ça sait pas continuer durer (dat kan niet blijven duren = expression idiomatique exotique, un peu snob, qu’il avait apprise au Keukenhof tulip festival d’Amsterdam)… comment ça tes prisons sont aussi pleines ? Ça c’est pas ma faute, c’est que tu éduques mal tes jeunes… si tu continues ainsi tu vas te trouver dans le même merdier que moi ici avec mes Français, réforme mon vieux, réforme !…  Comment ça tu sais pas m’aider? Mais si, mais si, je vais t’envoyer tes compatriotes et tu vas voir toimême ce que tu peux en faire… Il y a encore des tas de routes à remettre en ordre et donc des années de cailloux à casser… Que tu n’aies pas assez de prisons n’est pas un problème puisque la France dépense depuis des lustres des milliards d’aides et de subventions qui finissent non pas pour les peuples mais vont tout droit dans les comptes chiffrés des îles Saint Kitts & Nevis, je vais employer ces sommes pour venir construire des prisons modèles chez toi. … mais c’est ça la coopération… d’ailleurs ça se fait déjà…Comment dis-tu ? la sharia ? Ben ici, c’est difficilement applicable car si tu coupes une main ou un pied, ce type a droit à une pension d’invalidité pour le restant de sa vie, ça coûte trop cher… Les décapiter ou les pendre ? C’est encore pire car les veuves et les orphelins ont eux aussi droit à des pensions et l’état n’en a plus les moyens… écoute dès demain je t’envoie mes ministres pour régler les paperasses… Les syndicats et les droits de l’homme ?  On s’en fout, les Français n’ont pas voté pour Amnesty International, ils ont voté pour moi pour que je mette de l’ordre dans leur bordel… olala… excuse-moi, mon mobile-muezzin sonne l’heure de la prière sur mon méridien, allez on reste comme ça je t’envoie mes ministres, mes ingénieurs et tes délinquants; allez Mo, salut et merci…” et il raccrocha…
“C’est l’heure de la prière ?” demanda Abdel d’un air étonné.
“Mais non, mais avec ces arabes on n’en finit pas de palabrer dans le vide. Faut couper court… Fatima svp voulez-vous avertir le ministre de l’extérieur de se préparer à un grand tour à commencer par le Maghreb ? Merci Fatima… Karim svp voulez-vous m’appeler Mohamed sur son numéro privé ?”
“Lequel ?”
“Celui d’Algérie…”

La journée fut rude car il y avait 120 nationalités différentes dans les prisons françaises… En réalité c’est toute la semaine qui fut rude car pour téléphoner à 120 chefs d’état et en ne comptant que 30 minutes par conversation cela faisait  120 x 30 = 3600 minutes = 60 heures… et en comptant 10 heures de travail par jour, sans compter les pauses café, thé, prières, pipi, pic-nique, etc., cela faisait 6 jours en théorie mais 8 en pratique… Mais l’important fût que le message fût envoyé, reçu et compris c.-à-d.  “j’ai déjà assez d’emmerdements avec les délinquants français pour ne pas devoir supporter aussi les vôtres, donc cher ami je vous les remballe.” Offre impossible à refuser étant donné certains backgrounds que personne n’avait intérêt à faire apparaître sur le devant de la scène…

Les vols charters de la remigration commencèrent d’emblée avec des délinquants et des demandeurs d’asile en prime. On se serait cru au bon vieux temps des embarquements one way des Manon Lescaut vers Cayenne ou la Louisiane. Heureusement qu’Arif disposait des 130 hectares de parc pour ses chevauchées relaxantes et des nombreux plans d’eau pour les baignades et bains de minuit.  Les présidents précédents avaient fait du jogging et de la bicyclette ou du scooter, Arif comptait bien rester au top pour participer aux compétitions d’avirons et autres disciplines entre seniors de ses anciennes écoles.

La question des prisons réglée il fallut bien s’attaquer aux problèmes collatéraux : police et justice… et en premier lieu la racaille des banlieues…
« Voilà – dit Arif à la commission de l’urbanisme – cherchez-vous un endroit isolé et dépeuplé genre Cévennes,  Larzac ou  Lozère et déplacez les derniers indigènes en leur offrant un change avantageux qu’ils ne pourront pas refuser. Vous mesurez 10 km2, entourez tout ça d’une clôture électrifiée munie de miradors, non vous n’appelez pas ça camp de concentration, mais « domaine de réappropriation de l’environnement spatio-temporel » ou quelque chose du genre, vous y installez des préfabriqués avec cuisines, dortoirs, salles de classes, piscines, théâtres, etc. Les « racailles » ce sont des gosses dont la testostérone dérape parce qu’ils sont privés d’activité physique et de sexe. Les incendiaires de voitures, les tagueurs, dealeurs et tous les p’tits connards qui se croient malins à ne pas aller à l’école, on les ramasse et on les envoie en colo où on va leur apprendre les joies de la survie en plein air, de l’apprentissage de la cuisine,  lessive, repassage, jardinage, élevage, études, langues et  sports… Prévoyez une aile de réappropriation du schéma corporel avec musique psychédélique, sauna, massage, guidance érotico sexuelle et méditation transcendantale conduits par des professionnelles blondes et opulentes originaires des pays de l’est. Faitesvous seconder par les pédagogues, psychologues et autres anthroposophes. »
Sitôt dit, sitôt fait.
Il y eut un petit souci quand les pères vinrent rendre visite à leurs fils car nombreux furent ceux qui demandèrent, eux aussi, à pouvoir bénéficier d’un stage de reprogrammation mentale. Il allait donc falloir ouvrir de nouveaux centres. Mais tout ça c’était de la création d’emplois.

Il y eut une petite anicroche autour du ramadan. Arif convoqua les responsables religieux et leur expliqua que la syncope le jour et la grande bouffe la nuit c’était terminé et que d’ores en avant on allait mettre de l’ordre car si le ramadan était salutaire, certaines conséquences qui ne l’étaient pas devaient être ajustées. « Vous n’allez quand même pas nous expliquer la religion ! » s’écria un des dignitaires.
« Mais si, mais si, car il est écrit dans le coran qu’à l’impossible nul n’est tenu ! »
« Ca, ça n’est pas vrai, ça n’est pas écrit dans le coran ! »
« Mais si, mais si, il ne suffit pas de lire les mots il faut aussi lire ce qui est écrit « entre les lignes » comme dit Aymeric Caron et il est temps d’appliquer « l’esprit des lois »
« Mais le coran… »
« Ecoutez cher ami, Paris vaut bien une mosquée, mais faut pas pousser bobonne dans les orties et comme le dit si bien monsieur Juppé, « le coran c’est illisible » contentons-nous des faits ! Vous croyez en Dieu ? Oui ? Alors si le peuple m’a élu, c’est que Dieu l’a voulu, il n’y a plus qu’à se soumettre, amen, que sa volonté soit faite… et retournons à nos moutons.
Donc à partir de maintenant le mois du ramadan, qui est celui de la disette avant les nouvelles récoltes, sera aussi celui des grandes vacances pour tous. On ne peut pas risquer d’accidents causés par l’hypoglycémie,  par conséquent à part le minimum indispensable comme les pompiers, la police ou les ambulances il sera interdit de conduire quelque véhicule que ce soit : pas de moto, auto, métro, camion, train, bus, avion, car c’est trop dangereux et cela mettra fin à la pollution. A la limite on pourra circuler à vélo. Toutes les activités fonctionneront donc au ralenti. Ce sera le mois de la santé avec interdiction de consommer des protéines animales et par contre obligation de consommer des céréales, fruits et légumes du terroir à km zéro ce qui sera bon pour nos maraichers et surtout de boire des tisanes dépuratives tout en pratiquant la prière, le yoga, le tai chi ou la méditation transcendantale… »
« Pas de transports ! et comment on va faire pour le tourisme ? et les longs weekends ? et les sports d’hiver ? »
« Ben non, tout ça c’est fini car contraire à la santé donc anti-islamique. En plus nos caisses sont vides et les soins de santé au bord de l’implosion, donc c’en est fini des centaines de kilomètres de bouchons qui polluent, provoquent des cancers et des crises de nerfs. Plus non plus de jambes et bras cassés à la neige.
Plus de soi-disant vacances dont on revient encore plus fatigués qu’au départ. D’ailleurs le Prophète n’allait pas aux sports d’hiver, ni au club med, donc tout ça c’est haram. »
Argument auquel il était difficile de faire objection…
« Mais, hasarda un des participants, que vont devenir les stations, téléphériques, domaines skiables et dérivés ?… »
« On recycle, on réoriente, on renaturalise les pentes herbeuses, on ramasse toutes les crasses abandonnées par les skieurs et on relance l’économie alpestre avec des vaches, des moutons et des chèvres et on produit de l’excellent fromage. Avec notre taux de chômage il est inadmissible d’importer du gruyère suisse ou du parmesan italien alors que nos alpages sont à l’abandon. »
« Et les hôtels ? et les touristes étrangers ? »
« N’y a-t-il pas de crise du logement ? on recycle les hôtels et les touristes étrangers seront ravis de voir le pays sous un autre angle… »
« Et nos belles autoroutes alors ? »
« Ah, les autoroutes, les bretelles et les ronds points, ça mes amis, ça va être le chantier du siècle : on arrache le béton, macadam, tarmac et autres bitumes, on renaturalise et on plante de la patate bio, car on va en avoir besoin et le ciment ça ne se mange pas… »

Décidément ce nouveau président avait réponse à tout et manifestement il avait tout mijoté depuis longtemps…
« Ben oui, conclut-il en se levant pour signifier que l’audience était terminée, aux grands maux, les grands remèdes… et quand on n’a pas ce qu’on aime, on aime ce qu’on a … »


AU DELA DES FRONTIERES, AUSSI… 

Quand la Chancelière allemande entendit tout ça et en plus apprit qu’en France la police recevait carte blanche avec tirs à balles réelles et que les magistrats étaient invités à prononcer des peines décentralisées, à effectuer directement dans les pays d’origine des condamnés, elle n’y tint plus et téléphona très indignée au président français qui lui répondit dans la langue de Goethe comme sa gouvernante bavaroise le lui avait enseigné:
“ Ma chère collègue, ici en France, les Français m’ont élu pour que je remette l’église au milieu du village et il faut c’qu’il faut n’est ce pas madame… Je suis très modéré parce que nous les descendants des beni Abbes nous sommes des hommes du désert, des poètes, les chantres des ciels étoilés au-dessus des oueds verdoyants  et des dunes roses, mais vous en Allemagne votre prochain président sera sans doute un Turc… Nous on les connait ces Turcs, ils ont tyrannisé nos pays depuis 1519 jusqu’à ce que les Français viennent nous en délivrer en 1830… Et eux, comme le dit leur poète Zia Gokalp “Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats”… Vous avez eu les Turcs aux portes de Vienne et aux frontières de la Pologne, mais aujourd’hui vous les avez chez vous à tous les niveaux, et comme ils sont intelligents et travailleurs, vous pouvez vous attendre à ce que les Allemands les élisent pour qu’eux aussi ils remettent de l’ordre dans le bordel unioneuropéen… Sans Don Juan d’Autriche à Lépante et le Béat Marco d’Aviano a Vienne, vous seriez déjà ottomane et nous n’aurions ni les croissants, ni le café crème « cappuccino »… *  D’ailleurs c’est pas par hasard que le Pape Jean-Paul II a béatifié Marco d’Aviano… Ecoutez chère Angela, venez me rendre visite dès que j’aurai pris mes marques et on en discutera devant un petit cardamome…”
Il avait failli ajouter “Tchüss schatseli” comme le lui disait sa gouvernante
Brunehilde

Le roi Philippe des Belges se demanda si Harry n’allait pas devenir un bon parti pour sa fille Elisabeth qui était la future reine. Bien sûr il y avait la question de la religion mais l’œcuménisme n’était pas fait pour les pandas chinois du parc animalier Pairi Daiza… Harry se serait fait une bonne expérience comme PDG de la France, après il allait pouvoir devenir le partenaire consort idéal dans un couple multiculti, souverain d’un pays composite de flamands, wallons, germaniques, bruxellois + les 190 autres nationalités présentes. Il pensa qu’il fallait demander à Mgr Leonard de faire des avances auprès du recteur Boubakeur de la mosquée de Paris.
Ce qui ne gâchait rien c’était que Harry, comme la plupart des arabes, était beau garçon tandis qu’Elisabeth en bonne descendante des  Saxe-Cobourg était une belle blonde aux yeux bleus, ces deux extrêmes ne pouvaient que s’attirer et produire des descendants basanés naturels qui n’allaient pas avoir besoin de lampes UV qui provoquent le mélanome et après les siècles de consanguinité dans les mariages, entre toujours les mêmes maisons royales, un apport de sang frais n’allait pas être un luxe.

Arif avait eu une longue conversation avec son ministre de la santé:
“Ca va dans ton secteur?”
“Oui, oui, sois tranquille, les miens, médicaux et paramédicaux et aussi les pompiers, protection civile, secours en montagne, samaritains, ambulanciers, etc. ce sont des idéalistes qui, avec leur serment d’Hippocrate, sont prêts à travailler jour et nuit pour un salaire de misère… Tu te souviens de Patrick Pelloux? Eh bien ils sont tous plus ou moins aussi boy scout… à part évidemment le pourcentage de requins qui ont des cliniques privées et des instituts de beauté, mais là la police des mœurs est en train de faire le ménage… Non, non, fais-moi confiance, il y a sûrement plus urgent…”

Mais Arif sentait bien qu’un autre gros morceau lui pendait au nez et qu’il ne servait à rien de renvoyer à demain ce qu’il aurait déjà dû avoir entrepris hier… l’éducation
Donc, ce lundi-là il convoqua le ministre de l’éducation.
Dès que le thé fut servi, Arif passa à l’offensive :
“ Voilà, la situation est claire : dans le classement PISA, la France occupe le 29ème rang sur 34… Ici aussi : aux grands maux, les grands remèdes, donc à partir d’aujourd’hui les normes du privé seront appliquées dans l’enseignement et le salaire, l’âge de la retraite et le montant de la pension des enseignants seront calculés en fonction des connaissances acquises par leurs élèves…”
“ Ya Allah! – s’écria le ministre de l’enseignement – mais depuis des années les connaissances n’ont plus d’importance, l’école pointe sur l’empathie sociocommunautaire de la diversité du vivre ensemble…”
“Fort bien – coupa Arif en tendant une chemise qui contenait un dossier – jusqu’à aujourd’hui, mais aujourd’hui on change, alors voici les nouvelles directives :
–  primo table rase de tout ce qui précède
–  secundo à tous les niveaux tous les profs ont carte blanche quant aux méthodes il n’y a plus que les résultats qui comptent, la fin justifiant les moyens. – tertio à la fin de chaque année scolaire, des objectifs doivent être atteints par exemple à la fin de la première année primaire tous les gosses doivent être capables de lire et d’écrire et à la fin du primaire tous les gosses doivent être capables de lire et écrire sans faute et de jongler avec les quatre opérations arithmétiques de base en plus des connaissances fondamentales de géographie et d’histoire.”
“ Mais c’est le retour à la préhistoire de la pédagogie…”
“Ben oui, les premiers seront les derniers… Vous trouverez les programmes avec les objectifs pour l’enseignement secondaire en annexe.” “Oui mais, nous sommes tributaires des capacités des enfants…”
“C’est prévu: après évaluation du QI des élèves ceux-ci seront scolarisés dans des établissements adaptés à leurs possibilités de façon à tirer un max des moins doués pour qu’ils aient quand même une formation qui les valorise et qu’en même temps ils ne retardent pas les plus doués dont il faudra tirer le max possible à leur niveau.
Dès les premiers jours d’école dans chaque classe la compétition sera lancée entre les élèves pour repérer les premiers en maths ou en gym ou en n’importe quoi pour qu’on puisse les orienter vers les domaines dans lesquels ils seront les plus efficaces, comme dans la vraie vie : c’est celui qui marque le plus de goals qui est champion du monde, celui qui arrive en tête qui a le maillot jaune, celui qui saute le plus haut qui a la médaille olympique… C’est même une question de millièmes de seconde… Eh bien, les meilleurs ça se prépare dès le berceau, chefs d’entreprises compris… »
“Ces enfants vont être traumatisés…”
“Ils seront encore plus traumatisés quand à l’âge adulte ils seront au chômage… ah, j’oubliais, évidemment chaque semaine : interrogations écrites avec des notes chiffrées et des bulletins mensuels pour que tout le monde sache clairement où on en est, des examens trimestriels, des examens de fin d’année, des examens de passage pour les échecs et des redoublements de classes ou des réorientations … J’exige un enseignement de l’excellence démocratiquement accessible à tous les enfants sans distinction de race, couleur, religion e tutti quanti…”
“Et la ministre du numérique ?…”
“Ne vous inquiétez pas, tous les ordinateurs, tablettes et téléphones portables vont passer au recyclage et à l’école uniquement des cahiers, des bics, crayons et des livres. Quand nos gosses auront une formation solide, maitriser les nouvelles techniques sera un jeu d’enfant. Dans les écoles de la République on ne joue pas, on apprend. Vous allez voir, cela va vous enthousiasmer surtout avec des salaires proportionnés aux performances à tous les niveaux, du primaire au ministériel…Allez mon vieux, un vent de rajeunissement nous fera du bien…” Le ministre décontenancé comprit que l’entretien était terminé et qu’il ne lui restait plus qu’à consulter les nouvelles directives qu’il allait devoir communiquer à ses collaborateurs, inspecteurs, directeurs d’écoles, enseignants, élèves, parents d’élèves… Ben oui, tant pis pour eux puisqu’ils allaient avoir ce pour quoi ils avaient voté…

Les affaires sociales allaient être un autre gros morceau…
“Mon cher ami je vous ai nommé ministre des affaires sociales parce que je connais votre pragmatisme… Notre dénominateur commun, à nous tous, c’est qu’on est dans la merde et que les caisses sont vides. Donc toutes les allocations, participations, subventions et aides en tous genres sont supprimées.”
“Même les allocations familiales ?”
“Les allocations familiales en premier lieu ! Quand on fait des gosses on sait ce que ça coûte et plus on en fait plus on doit travailler pour les entretenir. Même le Pape des cathos a dit qu’on n’a pas à procréer comme des lapins.”
“Et le droit au logement?”
“Le logement n’est pas un droit. C’est le travail qui doit être un droit. Mais puisque sur tout le territoire il y a des villages abandonnés et des structures vides comme les abbayes, les monastères, couvents et autres usines désaffectées, les familles y seront logées et elles seront chargées non seulement de l’entretien des bâtiments mais aussi de la production alimentaire nécessaire à leur survie. La France a toujours été un pays agricole, nous devons arrêter l’importation qui nous ruine et nous empoisonne avec des pesticides, insecticides et autres OGM et nous devons acquérir l’autosuffisance et l’indépendance. Comme le Fonds Koweitien, nous allons « aider les gens à s’aider eux-mêmes ». Pour combattre la surpopulation, à partir de maintenant, au delà de deux enfants il faudra payer un impôt car plus d’enfants signifie plus de dépenses en eau, électricité, gaz, pipelines, routes, écoles, hôpitaux, etc. Plus il y a de gens plus ça coûte à l’état, il est donc logique que ceux qui font des enfants en payent les conséquences. Corollaire: tous ceux qui voudront se faire stériliser pourront le faire gratuitement.”
Il y eut bien quelques réclamations de la part des religieux puisque les textes sacrés disaient qu’il fallait procréer et couvrir la terre, mais il leur fut répondu que ça y était, la terre était couverte et surpeuplée, donc mission accomplie et on n’en parle plus…
“Et les bénéficiaires des prestations sociales ?”
“Il n’y a plus de prestations sociales, ceux qui n’ont pas de travail peuvent rejoindre les communautés rurales où, contre leur travail, ils pourront bénéficier du gîte et du couvert. Nous n’avons plus les moyens d’entretenir des parasites.”
“Les syndicats vont hurler…”
“Il n’y a plus de syndicats, les anciens syndicats sont devenus les organes d’application des directives gouvernementales…”
Là, c’était ce qui se passait dans les hautes sphères des petits appartements de Fontainebleau. Au niveau UE, le moins qu’on pouvait dire c’était que  la consternation était saisissante…  D’autant plus que les autres pays s’attendaient eux aussi à l’élection d’allochtones aux plus hautes fonctions… Tout de même il y eut des remarques du genre “Mais, monsieur le président, vous êtes en train d’établir une dictature”… Ce à quoi Arif répondait tranquillement: “Mais pas du tout, il s’agit d’une petite discipline tout à fait librement consentie de la part des électeurs qui m’ont tout aussi librement élu justement pour que je réalise ce que je suis en train de rétablir c’est à dire l’ordre et par conséquent la prospérité. Il faut ce qu’il faut et tout a un prix…”


AU NIVEAU DU PEUPLE

Au niveau du citoyen et de monsieur et madame tout le monde les changements étaient plus spectaculaires…
Etant donné le taux de chômage suicidaire on décida que toutes les femmes resteraient au foyer, non pas pour les priver de leurs droits et de leur émancipation si chèrement acquis, mais par simple effort patriotique. Tandis que les hommes allaient travailler au dehors, les femmes feraient leur part au dedans, par exemple en cultivant un potager et en cuisinant frais, sain et bio au lieu d’acheter des plats préparés on ne sait pas où, importés on ne sait comment, bourrés de sel et d’additifs alimentaires qui étaient des neurotoxines qui rendaient les gosses irascibles, hyperactifs, insomniaques et cancres à l’école. Elles furent aussi invitées à participer à des groupes d’auto-entr’aide puisqu’en temps d’austérité il fallait faire des économies à tous les niveaux. Elles allaient se réunir entre copines, tu coupes mes cheveux, je couds l’ourlet de ta fille; tu m’apprends à faire la tarte aux pommes, je t’apprends à faire les loukoums… Je t’aide à refaire le carrelage de ta salle de bains, tu m’aides à retapisser mon salon…

Il y eut l’affaire de la burqa : burqa ou pas burqa ? On laissa le choix entre rien du tout et toutes les longueurs de l’arc en ciel depuis le bandana jusqu’à la burqa intégrale style  yéménite… Mais là aussi le mieux fut l’ennemi du bien car ce fut l’occasion de déferlements libidineux quand on s’aperçut que la plupart des femmes, nues sous leurs burqas, fantasmaient les luxures des esclaves des Maures comme celles nues sous leurs bijoux de Baudelaire.
Pire : les extrapolations nées des consonances entre « niqab » et « niquer » avaient poussé des petits malins à inonder le marché underground avec « the niqueur’s niqab, the niqab du niqueur qui nique sous qab »…  Ce qui n’était vraiment pas le genre de la maison. Donc la police des mœurs ne fut pas enthousiaste avec de trop longs voiles…

Toutefois,  l’éducation des filles ne fut pas négligée, bien au contraire, il fallait prévoir une réserve de professionnels bien qualifiés toujours prêts à intervenir en cas de nécessité et en vue de l’amélioration de la situation générale et surtout pour ne pas devoir faire appel à du personnel étranger qui déstabilise immanquablement l’équilibre de la nation.
D’ailleurs, les accords de Schengen reçurent une petite apostille : la libre circulation fut précisée : la liberté à sens unique c.-à-d. permis de sortir mais pas d’entrer car on ne voulait plus laisser entrer d’éléments potentiellement déstabilisateurs.

Autre grande nouveauté : finalement la polygamie fut officialisée, ce qui simplifia de beaucoup les relations entre hommes et femmes puisque, au lieu de se perdre entre épouse, secrétaire, amie, collègue, amante, p’tite copine et autres belles passantes, tous les hommes pouvaient ouvertement se débrider avec leurs quatre femmes. Les femmes furent satisfaites car même les single y trouvèrent le soutien de la famille comme cela avait été le but dès les origines en l’an zéro de l’islam. L’enthousiasme masculin faiblit cependant quand on se rendit compte qu’une famille avec quatre épouses coûte  quatre fois plus qu’avec une seule car si on achète un petit déshabillé froufroutant pour l’une il faut également l’acheter pour les trois autres… fatalement, ça chiffre… Ce dont les messieurs préférèrent ne pas trop parler c’était que la polygamie épuise car si on honore l’une des quatre épouses on est tenu aux même performances avec les trois autres…  Mais bon à chacun son choix…  Les gosses, éternels profiteurs, trouvèrent cela extra car il y avait 25 % de chances de trouver une mère poule qui allait les gâter et les gaver de leurs desserts favoris.

Autre changement remarquable: l’heure artificielle fut remplacée par l’heure solaire. L’application « mobile-muezzin » fut installé sur tous les téléphones tant fixes que portables et chaque matin ils sonnaient pour la prière d’avant l’aube, les trois autres prières et enfin celle d’après le coucher du soleil. Donc on prit l’habitude de se lever très tôt et de travailler très tard en été tandis qu’en hiver on se levait plus tard et on se couchait plus tôt ce qui était bien meilleur pour la santé et tout à fait en harmonie avec la nature. Evidemment les programmes télé commençaient avec la première prière et se terminaient avec la dernière. Il s’en suivit une forte baisse des dépressions nerveuses, burn-out et autres raptus de folie. En plus les pauses café au travail furent remplacées par des pauses prière / méditation qui elles aussi étaient nettement plus saines que les shoots de caféine.
Donc, là aussi on remarqua une baisse de la consommation de calmants, somnifères et autres psychotropes.  Bref, malgré les changements exotiques, en général, l’expérience fut convaincante et on commença à penser que vraiment tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Il y eut un peu de frottement avec les éleveurs de cochon et les viticulteurs puisque la consommation de porc et d’alcool resta interdite. Mais on trouva un compromis tout à fait satisfaisant en ce sens que la consommation était interdite mais pas la production, ce qui allait doper l’exportation. La situation devint winwin puisque non seulement l’exportation augmentait mais surtout il y eut encore une amélioration spectaculaire de la santé publique due la diminution de consommation de protéines animales et il n’y eut plus aucun fait divers désagréable causé par l’excès d’alcoolémie comme accidents de la route, violences conjugales, etc.
Mais enfin, on n’était pas chez des sauvages et à un certain nombre d’établissements, en nombre très limité, certes, mais quand même, il fut autorisé d’écouler le stock d’alcools encore présent dans les caves jusqu’à épuisement et avec interdiction formelle de nouvelles productions. Il y eut donc, à côté des producteurs officiels qui travaillaient exclusivement pour l’exportation quelques licences exceptionnelles pour épuiser les caves de pastis, cognac, mirabelle ou calvados. Il s’y produisit le même miracle que dans le Val de Travers pour la production de l’absinthe où, bien qu’on ne produisit plus, les tonneaux ne se tarirent jamais…
En outre, la gastronomie se trouva devant de nouveaux défis : cuisiner sans porc mais avec de nouvelles recettes à base de protéines végétales. Par conséquent les éleveurs se tournèrent vers de nouvelles cultures ce qui à son tour eut un effet favorable sur la qualité de l’air puisque l’élevage et les pets des vaches étaient pour beaucoup dans les différentes pollutions.
Les bars, bistrots, restaurants et autres se lancèrent dans les cocktails les plus étonnants à base de thés, jus de fruits et de légumes, eux aussi, nettement meilleurs pour la santé. C’était le grand renouveau dont on avait besoin. Surtout au niveau de la santé car, au train où on allait, on aurait fini par avoir les médecins à l’hôpital non plus pour soigner les malades mais pour se soigner euxmêmes et que faire le jour où la moitié de la population active aurait été clouée au lit par des cancers, allergies, dépressions et autres maladies dégénératives ? Franchement il était grand temps et finalement on avait des mesures concrètes. On avait tant crié au loup avec cette effrayante islamisation de la France et voilà que ça marchait comme sur des roulettes.


EPILOGUE   

Hélas c’était sans compter avec l’inévitable grain de sable…
Li Phi Pih pédicure chinois installé depuis des lustres à Saint Dié, s’était fait une spécialité de non seulement soigner les pieds des dames qui se les abimaient avec des chaussures trop étroites et des talons trop hauts, il avait aussi acquis une solide réputation de soins des mains. Or là; tout d’un coup, non seulement les dames se mettaient à se soigner elles-mêmes entre copines, pendant leurs aprèsmidis interminables, mais encore et surtout il fut interdit aux hommes de soigner des femmes et qui plus est de regarder leurs pieds et chevilles qui constituent les parties féminines  les plus érotiques.
Li pensa d’abord de passer de l’autre côté du Rhin et s’installer a Appenweier mais tout compte fait et tous renseignements pris auprès d’autres Chinois, la situation n’y était guère meilleure et l’islamisation y était également en cours… “ Fang ni ma de gou chou pi ! ** ” pensa-t-il très fâché (très vilain juron qui signifie à peu près « lâche le pet puant du chien de ta mère » oui, oui, les chinois disent cela…) Il ferma sa boutique, confia sa famille à des amis et alla à Francfort prendre le vol Paris-Pékin.
Arrivé à Pékin il pensa qu’il devait tout de suite viser très haut mais ne savait pas à quelle porte aller frapper, alors il se dit qu’il valait mieux s’adresser au Grand Mandar plutôt qu’à ses Mandarins et le lendemain matin de bonne heure il se rendit au « Jardin du dragon bleu parfumé  à la fraise après la pluie de printemps » où il savait que le Grand Mandar faisait son Tai Chi de l’aube rose naissante. Dès qu’il l’aperçut il alla se mettre en parallèle et accompagna le « tirer la queue du paon » en murmurant à intervalles “Wopei… Wopei …” c.-à-d. qu’il ronchonnait en désapprouvant…
Quand le Grand Mandar eut terminé toutes les séquences du Grand
Enchaînement depuis « la grue blanche déploie ses ailes » jusqu’au « coq d’or se tient sur une patte »  il referma l’enchaînement, médita encore quelques instants et puis murmura
“Wopei? Pourquoi protestez-vous en désapprobation?”
Li lui emboita le pas et commença à voix basse à raconter ce qui était en train de se passer en France à cause de l’islamisation.
Ils marchèrent lentement jusqu’au palais mandarinier, entrèrent, allèrent s’asseoir sous un litchier en fleur et devant une table basse qui portait une théière bouillante et des biscuits aux pistils de fleurs de colchique. Le grand Mandar se fit expliquer toute l’affaire et puis il dit :
« Wo cao (holy fuck) quels emmerdeurs ces geiteneukers ( expression qu’il avait apprise lors d’une escale à Schiphol – niqueurs de chèvres : langage troupier que dès les années 1900 les Hollandais employèrent pour désigner des asiatiques ) nous aussi, ici, chez nous, nous avons un tas d’ennuis avec nos Ouigours… » “Oui mais –rétorqua Li – le comble c’est que les Français marchent dans la combine, ils sont tout contents…Même les curés sont euphoriques car leurs églises qui s’étaient vidées de leurs ouailles catholiques sont maintenant bondées de mahométans et de flopées de convertis. Par conséquence l’Arabie Saoudite a lancé un vaste programme de restauration des édifices et de modernisation des équipements avec chauffage central, assainissement des taches d’humidité et détartrage des vitraux.  Ils ont coupé la poire en deux : au lieu de supprimer les cloches, ils ont reprogrammé les carillons dans les clochers qui maintenant ne sonnent plus « Avemaria » mais « Achadoualla. »  et tout le monde est satisfait. Il y en a d’autres qui sont encore plus satisfaits, ceux qui vendent leurs terrains, les architectes, les entreprises et corps de métiers qui construisent des mosquées… sans compter les hôteliers qui grâce aux demandeurs d’asile remplissent leurs hôtels qui sinon seraient en faillite… C’est la foire aux synergies !
Il n’y a plus que des banques islamiques puisque les autres étaient pleines de scandales et de fraudeurs. Il y a de moins en moins de travail non seulement parce qu’il y a de plus en plus de machines mais parce que, par-dessus le marché, on ferme les industries toxiques qui sont nuisibles et donc anti-islamiques comme l’industrie chimique… On ne produit plus de bœuf aux antibiotiques, ni de poulet aux hormones et donc la santé s’améliore ce qui signifie la faillite de l’industrie pharmaceutique… ça ne s’arrête plus… et les Français sont cool, contents, satisfaits…tout va très bien madame la marquise…»
“Gongfei ! (bandit communiste)  – s’exclama  le Grand Mandar en fronçant ses sourcils – Ce type a instauré la décroissance sans qu’on ne s’en rende compte ! Mais nous, nous n’allons pas être satisfaits du tout car si nous avons investi des milliards en France c’est pour avoir le rendement de la France et pas celui de Zanzibar ou de Ouagadougou… Vous comprenez, nous avons acheté l’aéroport de Toulouse, le Club Med, Cochonou, GDF, Peugeot, Citroën, les vignobles, les fromageries, après le port du Pirée maintenant celui de Toulon et plus tard Le Havre et même Pirelli…  business is business… Bon, on va réfléchir à la question, mais je puis vous assurer que “quand la Chine se réveillera, la France aura la gueule de bois”…
Li Phi Pih rentra chez lui à Saint Dié et prit patience.
Un soir vers 22h les portables des 800 000 Chinois qui, en suivant les injonctions du président Mao, vivaient en France dans le peuple comme les carpes Koï vivent dans l’étang,  sonnèrent et délivrèrent le message suivant :
« pom pom pom pom, pom pom pom pom … ici Pékin, les Chinois parlent aux Chinois… le poisson vert a la rougeole…je répète : le poisson vert a la rougeole…»
Ensuite les choses allèrent assez rapidement : la Chine demanda la réunion d’urgence du Conseil de Sécurité de l’ONU et en moins de trois semaines des bataillons de casques bleus Inuits, Malgaches, Gilbertins et Tuvaluanes investirent les points névralgiques  et tout commença à rentrer dans l’ordre en attendant que la Chine installe son protectorat sur la France qui, en effet, commença à avoir la gueule de bois.

Anne Lauwaert

* voir l’histoire du Siège de Vienne par le même auteur
** Le chinois sans peine : http://en.wikipedia.org/wiki/Mandarin_Chinese_profanity






Oost west, thuis best / Home sweet Home 


-“Oeioeioei! »  – se dit Jefken Bosmans, le dernier des curés catholiques, en vrai patois flamand. C’était même le dernier des catholiques a cent lieues à la ronde.
-« Oeioeioei, je crois que je vais avoir une crise identitaire... »
En effet à Strijtem, à part lui, il n’y avait plus ni catholique, ni calotin. D’ailleurs il avait fini par habiter dans son église. Il avait transformé le cimetière en potager, terre très fertile et il vivait de la vente de ses légumes, sous le manteau évidemment et en l’occurrence sous la soutane car pour labelliser les primeurs du jardin du curé il aurait fallu satisfaire à une flopée de directives européennes qui imposaient les engrais chimiques, désherbants, fongicides, exaltateurs de saveurs, etc. qui auraient donné un goût de poisson indistinctement aux poireaux, carottes et petits pois.
Donc Jefken, un triste matin, malgré le succès de son potager se sentit bien esseulé et il prit sa bicyclette pour aller discrètement voir son évêque qui avait gagné le maquis.

-« Ah, Jefken – demanda monseigneur Godfried - quel bon vent vous amène ? » 
Ils s’assirent entre les bottes de paille dans la grange pour pouvoir parler à l’abri des regards indiscrets et des écouteurs mouchards et se souvinrent du bon vieux temps des premières communions, des baptêmes et des mariages entre hommes et femmes. Même les mariages entre homosexuels étaient passés au boulevard du doux souvenir.
-« C’était quand même beau... »
-« Oui c’était vraiment beau... »
-«  Et qui est ce qu’il y a encore des anciens ? Allez, ces Eylenbosch ... il y a encore quelqu’un de cette famille ? »
-«  Oui, mais maintenant ils ont adapté leur nom pour ne pas trop donner dans l’œil, maintenant ils s’appellent Aylen Bösc. Tout comme les Van Elsen d’ailleurs, eux maintenant c’est des Van ‘l Zen ... »
-«  Et les Wallons, il y avait aussi des Wallons ... »
-« C’est du pareil au même, tiens vous vous souvenez de ces Binamé ? et bien maintenant c’est devenu des Bin Ahmed... »
-«  Allez toi ! plus un chrétien... si ça n’est pas triste... »
-«  Si mais non, non... il y a bien des chrétiens, mais pas des nôtres... il y a une rue avec des coptes égyptiens, un quartier avec des maronites, un autre avec des ruthènes, des malabars, syriaques, melkites, arméniens, chaldéens ... et puis il y a des indous du Punjab qui ont repris le moulin à vent de Lombeek, les moines tibétains se sont barricadés dans le château de Gaasbeek et puis il y a les sunnites koweïtiens, les chiites afghans, et les derviches turcs, sans compter tous les orthodoxes des pays de l’Est... les juifs, ils sont partis à Herzliya...»
-« Et vous mon cher Jefken, tout seul dans cette Babylone... »
-«  Voilà, c’est bien ça : je commence à me sentir isolé... alors je suis venu vous voir pour vous demander si je ne pourrais pas venir habiter ici avec vous... »
-«  L’idée n’est pas mal, mais moi aussi je commence à penser à émigrer... »
-« Et où est-ce que vous iriez ... vous ne voudriez quand même pas m’abandonner...»
-«  Il faut trouver un endroit dépeuplé... quelque part où il n’y a personne... »
-« Le désert ? genre Tibhirine quoi ? Oh, j’ai vu un endroit magnifique lors d’un trekking dans le Baloutchistan... un petit oasis délicieux... »
-« Non, non, pas le désert, avec les satellites espions et les drônes on voit tout de suite où tu es... Non il faut un endroit sous de hauts arbres où plus jamais on pourra nous retrouver ... »
-« Forêt tropicale alors... bonne idée je vais me renseigner... »

Jefken enfourcha son vélo et alla rendre visite à son ami Bilulu Patapata qui faisait partie de la communauté congolaise de Matonge de la chaussée de Wavre à Bruxelles.
-« Dag Jef ! s’exclama Bilulu Patapata avec un pur accent bruxellois comme un vrai ket de la rue Blaes, ça va comme tu veux ? Tu bois un pot ? Une gueuze ou une trappiste ? Une trappiste évidemment pour un curé, où avais-je la tête, allez santé ! »  
Et ils se mirent à papoter et puis délicatement Jefken demanda :
-« Et toi, Bilulu, d’où est-ce que toi tu viens ? »
-« Oei, moi je viens du Congo, un p’tit bled dans la forêt équatoriale qu’on n’a jamais mis sur les cartes tellement il est petit et depuis le regroupement familial toute ma tribu est venue ici, me rejoindre, donc le village il est vide. Les paillotes sont sans doute encore là mais on est mieux à Ixelles, ici on la  télé et la foire du Midi avec des smautebol et des caricoles… »
-« Ca s’appelle comment ton bled ? »
-«  Après le départ des missionnaires américains on a gardé le nom de Potopotcity... c’est près du lac Tchangalele... pas bon... moustiques... »
-« Poissons aussi ? »
-« Ouais ! des poissons gros comme ça, des tilapias... et des crocodiles énormes... t’as déjà mangé du steak de croco ? c’est comme de la langoustine... avec une sauce cocktail... ou bien steak croco café de Paris... allez un de ces soirs je t’invite à la nouba... »
-« Et ça se trouve sous l’équateur ? »
-« Pas sous l’équateur exactement, pas à côté et pas n’importe où, juste un peu en dessous, un peu plus au sud. Il y fait moins chaud et la savane est plus facile à cultiver... du temps des Belges, les farmers ils faisaient trois récoltes par an... Ils sont fous ces Belges d’aller travailler là-bas, alors qu’on est si convivial ici dans les Marolles... »
-« Bon allez, à un d’ces jours ... » - dit Jefken et il ressauta sur sa bécane et fonça chez son évêque en faisant des détours et en vérifiant bien qu’il n’était pas suivi comme le lui avait appris un agent de la CIA qui travaillait pour le Vatican qui lui non plus n’en menait pas large.
-« Ouais, c’est ça, salut en de kost en de wind van achter ... » lui avait crié Bilulu en riant et en secouant la tête et en pensant que ces Belges étaient quand même des drôles de zigotos...

-«  Je vais essayer de vendre mon église – dit Jefken à Godfried – vous n’avez rien contre... à l’impossible nul n’est tenu... »
-«  Vendez, mon ami, vendez, c’est pour la bonne cause... vous croyez que les musulmans en voudront de votre église ? »
-« Non, eux ils ont déjà trop de mosquées, mais les orthodoxes russes à cause de mon clocher à bulbe... ça fait kremlin , ces russes sont si romantiques... ils vont adorer... »
-«  Bon d’accord, mais motus et bouche cousue... »
-« Comptez sur moi... »

-« Aha ? - dit l’hôtesse de la Cameroun Air Lines – vous allez au club med ? »
-« Non - dit Jefken... - on est déguisés en touristes mais en fait nous allons à la recherche du papillon bizoubizou... espèce très rare... n’en dites rien, c’est entre nous... nous sommes entomologistes en mission secrète pour le compte du World Butterfly Found. »
-« Hmmm, je comprends – dit l’hôtesse – escale à Lubumbashi et puis ... »
-« Jopla, on s’évapore dans la nature... oubliez-nous... »
Echange de clins d’œil entendus... 

De taxis-brousse en taxis-brousse, grâce aux pétrodollars ukrainiens de la vente de l’église de Sint-Martinus et quelques bouts à pieds, Jefken et Godfried arrivèrent sur les rives du lac Tchangalele... 
-« C’est un peu comme à Virelles... » - dit Jefken...
-« Un peu plus grand quand même... »
Puis ils longèrent le lac et finalement découvrirent en effet un village abandonné au centre duquel se trouvait une case qui portait l’inscription « Mission des adventistes du septième jour de Potopotcity – Jesus loves you ! »
-« On est chez nous, enfin ! » dit Godfried en se laissant glisser le long du mur pour s’asseoir à l’ombre. Et comme il n’y avait pas une âme, d’ailleurs ils n’avaient plus rencontré personne depuis plusieurs jours, ils se sentirent en sécurité et comme des vrais hommes libres ils entamèrent un Te Deum tonitruant comme on les chantait au bon vieux temps des concerts de Johnny Hallyday ou des Rolling Stones, d’avant la mondialisation et de l’Union Européenne, c.-à-d. du temps où on pouvait dire et chanter n’importe quoi sans crainte l’offenser n’importe qui. 
-« C’est incroyable ce que ça fait du bien d’une fois pouvoir se défouler ! » - s’exclama Jefken.
-« Ça tu l’as dit ! – répondit Godfried tout aussi satisfait - tu as encore un peu de ce thé earl grey ? À propos, maintenant qu’on va repartir à zéro, comme une vraie communauté chrétienne primitive, tu peux me tutoyer et m’appeler par mon petit nom, c’est plus incognito... des fois que quelqu’un irait dire à Rome qu’il a entendu un Godfried à Potopotville... appelle moi Freddy pour les intimes... »

Donc il s’installèrent et reprirent leur vie exactement comme ils l’avaient vécue depuis des années mais au lieu d’être dans la clandestinité ici au moins ils pouvaient chanter, se lever pour les matines dire les vêpres, et quand l’un officiait l’autre jouait au fidèle et donc il y avait peu de fidèles mais au moins celui-là ne s’endormait pas et était capable de donner les repons... Ils redécouvrirent avec délice la messe en latin... « dominus vobiscum » « et cum spiritu tuo » « oremus » « ite missa est » e tutti quanti.
Ils avaient quand même apporté une bible de Jérusalem et un missel préconciliaire, tous deux sur papier bible, évidemment  et dorés sur tranche... 
-« Alors, bon – dit un jour Freddy – il faut s’organiser : aujourd’hui j’officie, demain c’est à toi et puis comme ça on alterne, attention à ne pas oublier nos textes... il faut les répéter avec rigueur... chacun va réciter ses préférés... par exemple moi j’ai un faible pour les litanies et toi ? » 
-« Moi c’est les requiem... »
-« Et comme punition quand on aura commis un péché de gourmandise, de paresse ou autre, on s’obligera soi-même à réciter les prières qu'on n’aime pas, comme cela on est sûr de ne rien oublier... »

Ils s’installèrent donc et quand le thé earl grey fut épuisé, ils récoltèrent des herbes qui sentaient bon et s’en firent des tisanes... Ils en découvrirent même qui étaient hallucinogènes et qu’ils employèrent pour voir plus fréquemment apparaître la Madone ou les saints. Ils retrouvèrent des champs de manioc qui avaient été abandonnés et petit à petit allèrent à la découverte de légumes et de fruits. Puis vint la pêche au tilapia et un jour ils capturèrent un petit crocodile qui grillé au pili-pili, fut digne de la Tour d’Argent. Un jour ils trouvèrent une jeune buffle auprès de sa mère qui était morte et ils l’apprivoisèrent et après quelques mois la jeune buffle donna naissance à un veau et depuis ils eurent du lait et se fabriquèrent du fromage blanc et de la mozzarella et commencèrent un élevage, car la nuit tous les buffles sont gris et les mâles viennent visiter les femelles en stoumelinks. 
A cause du soleil et surtout pour ne pas se faire voir des satellites espions ils se tinrent prudemment sous les arbres et surtout, puisqu’ils étaient seuls, ils retournèrent à un rythme tout à fait naturel même pour les vêtements, c.-à-d. sans vêtements, seulement avec un pagne en matiti tressés, à la mode indigène.

De nombreux mois passèrent sans encombre puis un jour Jefken entra chez Freddy en lui disant
-« Freddy, est ce que tu attends de la visite ? »
-« Non... pas que je sache... »
-« Alors on va avoir une surprise... »
Ils sortirent et en effet un indigène arriva qui prudemment s’approcha puis salua... 
-« Bonjour mon père ! »
-« Bonjour mon ami – répondit Freddy – mais nous ne sommes pas des mon père »
-« Oh que si !- s’exclama l’indigène qui d’ailleurs s’appelait Anatole – je vous ai entendus chanter la messe et je suis venu vous voir travailler et puis j’ai vu votre ferme... vous ne pouvez être que des mon père... »
-« On ne vous dérange pas... j’espère... que pouvons-nous pour vous ? »
-« Non, non, cela ne nous dérange pas , bien au contraire ma tribu et moi même nous sommes bien contents que vous soyez de retour... enfin on va de nouveau avoir une école... »
-« W’emmen ‘t zitten ! c’est foutu... » – dit Jefken en patois flamand pour ne pas se faire comprendre.
Alors ils s’assirent, burent une tasse de thé et se mirent à palabrer comme au bon vieux temps de quand les mon père enseignaient à lire et à écrire et avaient un dispensaire et savaient soigner les maladies des animaux et aclimataient des nouvelles espèces de tomates et des fraises des bois... 
-« Mais il faut exiger de votre congrégation qu’ils vous envoient du renfort » dit Anatole.
-« Ah, mon pauvre Anatole – répliqua Freddy – nous n’avons plus de congrégation, si vous saviez comme l’Europe est mal barrée... il n’y a même plus de Scheutistes !»
-« Je sais bien ! - s’exclama Anatole - tous les paresseux de notre village sont partis en Europe car là-bas ils ne travaillent pas et reçoivent l’assistance publique... Il n’y a que les gens bien qui sont restés ici... Même les brigands que nous avons chassés sont allés en Belgique et les criminels que nous avions condamnés à mort, ils ont l’asile politique en Grande-Bretagne... Avec toute cette racaille... l’Europe ne peut pas aller bien...Ça doit être le Far West ! Somme toute, nous avons fait comme quand l’Europe a colonisé l’Amérique en y envoyant  ses bagnards et ses Manon Lescaut. Les gens bien ils n’allaient pas en Amérique... ils restaient chez eux, comme nous… Mais heureusement vous ne nous avez pas oubliés et nous sommes bien contents que vous soyez revenus... On va faire une fête... »
Mais comme Freddy et Jefken firent la grimace Anatole ajouta :
-« Qu’est ce qu’il y a, ça va pas ? »
-« Non... ça va pas du tout... car nous on s’est enfuis de la Belgique, on est ici incognito et si quelqu’un vient à savoir qu’on est ici on viendra nous chercher et on aura les pires ennuis...»
-« Pas de problèmes... on a l’habitude de se cacher... on va vous cacher avec nous et on va faire la fête... »

C’est comme ça que Freddy et Jefken commencèrent à dire la messe comme dans une paroisse normale, à baptiser, marier, soigner, enseigner, comme le leur avaient raconté les Pères de Scheut au bon vieux temps de quand il y avait encore des Scheutistes.
On restaura l’église en remplaçant  les adventistes du septième jour par l’église Notre Dame de la Prospérité. Ils avaient bien pensé la dédier à Notre Dame de Scherpenheuvel parce que c’est une Vierge Noire, mais comme ici il n’y avait pas de montagnes, la prospérité était plus appropriée et la statue qui était taillée dans l’ébène était noire quand même et avec un petit mouchoir en dentelle de Bruges sur sa tête, c’était du plus coquet. 
Et tout se mit à fonctionner comme sur des roulettes et tout le monde était content.

Un jour Anatole arriva en courant
-« Mon Père, est ce que vous attendez de la visite ? »
-« Non - dit Freddy – pas que je sache... »
-« Oeioeioei – dit Anatole – il y a un blanc qui est en train d’arriver... »
-« Wadesmada ! »  jura Jefken en patois indigène et ils se mirent à l’abri tandis qu’Anatole s’assit sur le pas de l’église pour attendre l’étranger.
-« Bonjour monsieur ... » - dit l’étranger qui manifestement était épuisé et s’écroula devant Anatole qui ne bougea pas d’un poil.
-« Bonjour monsieur... » répondit Anatole...
-« Ah, quel bonheur, vous parlez le français... »
-« Oui j’ai appris cette belle langue chez les mon père avant que les Belges ne nous abandonnent... vous cherchez quelque chose ? »
-« Non, je cherche des gens... vous n’avez pas vu deux mon père ... ça fait des mois que je les cherche ... une airhostess camerounaise m’a dit qu’elle avait vu deux individus qui partaient à la chasse aux papillons... alors j’ai pensé que ça pouvait être eux... »
-« Non pas de papillons, ici la chasse aux papillons est interdite car Greenpeace et le WWF les ont mis sur la liste rouge. On ne veut pas avoir d’ennuis avec les écolo... »
-« Mais vous n’avez pas vu deux blancs qui parlent avec un accent bruxellois... »
-« Ça dépend, l’accent de Molenbeek ou celui de Ganshoren ? »
-« Vous connaissez Molenbeek ? »
-« Evidemment, toute ma tribu est là-bas... à part ceux qui sont à la chaussée de Wavre... » dit Anatole.
-« Non, non, mes amis ont l’accent à peu près de Dilbeek... »
-«  Oeieioei c’est pas possible ! Laurent ! mais Laurenken quand même qu’est ce que vous faites ici mon garçon ? » s’exclama Freddy qui s’était précipité à la rencontre du nouveau venu qui était en train de vaciller sur se quilles...
-« Oei Monseigneur ! quel bonheur ! c’est bien vous ! ça fait un bail que je vous cherche !!! »
-« Mais Laurenken quand même qu’est-ce qui vous arrive... et ne m’appelez pas par mon titre, ici je suis incognito, Freddy pour les intimes... »
-«  C’est un miracle... j’ai suivi l’étoile de la Cameroun Airlines comme les rois mages et vous voilà enfin ! »
Et puis il s’écroula pour de bon...
On lui prépara un bain chaud, puis une paillasse d’herbes sèches, un pagne propre et pour le souper un clafoutis de tilapias aux quatr’épices.
Quand Laurent eut récupéré ils s’assirent autour du feu pour souper et puis ils allumèrent un cigare d’herbes locales et quand l’atmosphère se fut détendue Laurent commença son histoire :
-« Mons... pardon... Mon cher Freddy... la Belgique... elle est foutue, naar de kloten...(censuré)  vous devriez une fois voir ce qui se passe là-bas... Ou est le bon temps des wallons et des flamands et de Bruxelles Halle Vilvoorde... Et le bon temps quand le Blok voulait nous mettre au chômage... »
-«  Justement comment vont vos chers parents ? »
-« C’est la catastrophe... vous savez ma mère serait bien retournée en Italie, mais là ses cousins lui ont dit « Non, non filleke, ça n’est pas une bonne idée parce qu’ici c’est le débarquement permanent des clandestins... Lampedusa e compagnia bella... d’ailleurs nous on a déjà un flat à Genève... » Alors ma mère a dit « Bon, ça va, j’ai compris : Capri c’est fini » et elle partie en Amazonie avec les autres. Mes sœurs, heureusement elles avaient déjà leur garçonnière à New York... mais Philippe et Mathilde vous comprenez que New York après les domaine de Laeken, le Stuyvenberg ou Ciergnon, New York c’est pas faisable... Heureusement que Bon Papa avait gardé de bons rapports avec les indiens d’Amazonie... Alors le gros de la famille est parti là-bas... mais moi, mon oncle Baudewijn m’avait toujours dit « Laurenken, le Congo c’est le paradis sur terre ! Si jamais tu es dans le pétrin, prie la Sainte Vierge et tu verras qu’elle te guidera sur le droit chemin... »
-« Comment ça vos parents sont partis en Amazonie ? et le château de Laeken ? »
-« Tout ça c’est communautarisé... à Molenbeek c’est des Marocains, à Schaerbeek les Soudanais... à Jette c’est les Turcs ils ont même rebaptisé la Basilique en Sainte-Sophie , à Anderlecht c’est des Camerounais où j’ai rencontré votre hôtesse de l’air, à Argenteuil c’est les Tadjiks à cause des courses de chevaux et puis il y a les Ousbèques, Moldaves, etc. etc... »
-«  La Belgique n’est quand même pas si petite... il n’y a pas que Bruxelles... »
-« Oui mais non... c’est comme ça partout, tiens le long de la côte, Middelkerke, c’est les Polynésiens, à La Panne, c’est les Bornéo... Vous pensez bien s’il y avait encore eu un coin on ne serait pas partis... Même la forêt ardennaise est colonisée par les mongols qui viennent des steppes mandchoues... Les Indiens d’Amérique, eux au moins, on leur a laissé quelques réserves... Pendant les colonisations précédentes c’était chacun son tour, un à la fois, une fois les Romains, une fois les Anglais ou les Autrichiens, ou les Vikings, ou les Espagnols, ou les Français, ou les Hollandais, sans oublier les Allemands...  maintenant c’est tout le monde à la fois... on sait plus sur quel pied danser...  »
-« Et les autres Belges alors ? »
-« Partis... tous partis... dans le tiers monde ... en Alaska, en Papouasie, en Sibérie, chez les Inouit, Tuvalu et Kiribati... je vous dis notre famille avec deux ou trois autres Lichtenstein et Monaco ... ils sont en Amazonie... en pirogue s’il vous plait et bon voyage madame la marquise... enfin, tu vois ce que je veux dire... »
-« Et vous ? »
-« Et bien moi et ma femme (elle a même pris son p’tit costume du dimanche en papier peint)  et la gamine,  et les gamins on a décidé de rentrer au Congo... »
-«  Vous cinq ?... »
-« Oui et non, il y a nous cinq et quelques flamands... il y a quelques pères de Maredsous, ceux d’Orval sont partis dans la Vallée du Panshir, moi j’ai su récupérer aussi ceux de Westvleteren... des fois qu’on pourrait monter un petit business... j’ai vu ça quand j’allais avec Philippe dans les missions diplomatiques... »
Il y eut un moment de réflexion silencieuse pendant lequel le chien de Freddy vint encore une fois renifler le nouveau venu.
-« Mais allez Milou, ça suffit maintenant, laisse Monsieur une fois tranquille... c’est un gentil... Tu vois pas ça ? D’ailleurs quand il habitait à Laeken il avait toute un ribambelle de petits cabots comme toi... et on l’appelait Prince Wouf… » - dit Freddy.
-«  Comment est-ce qu’il s’appelle votre chien ? »
-« Il s’appelle Milou... »
-« Vous avez au moins payé les droits d’auteurs ? »
-« Des droits d’auteur ? de pedigree vous voulez dire ? non, non pas de droits d’auteur, ni de pedigree. On ne doit quand même pas payer des impots pour un zinneke à la bonne franquette. »
-«  Non, sans doute ! et le nom alors ?  : Tintin et Milou c’est une marque déposée ... et si vous voulez employer une marque déposée , maintenant, là-bas, c’est comme ça : il faut casquer... »
-«  Mais non Laurenken, c’est pas le Milou de Tintin, c’est un shortkut de Marilou qui est à son tour un shortkut de Marie-Louise comme votre illustre parente... Vous n’allez quand même pas me réclamer des droits d’auteur sur mon patriotisme... »
Laurent regarda Freddy d’un air navré et en secouant la tête il dit :
-«  Eh bien Monsei... Mon cher Freddy... on voit bien que vous êtes parti depuis longtemps... Vous n’êtes vraiment plus dans l’coup... maintenant on ne vous condamne plus pour ce que vous avez fait, mais pour tout ce que vous auriez pu faire…même ce que vous pourriez sous-entendre et même ce que vous pourriez penser…  » 

Quelques années passèrent. Potopotoville s’était développée. La lutte contre les moustiques, la malaria  et la bilharziose portait ses fruits et le laboratoire de l’Institut des Maladies tropicales produisait des vaccins et des antidotes pour toute la région. La bière belge et les louqoums à la mangue étaient exportés dans tout le sud de l’Afrique. L’université de Lubumbashi avait recommencé à produire des enseignants. Les chocolatiers de l’éléphant étaient devenus célèbres pour leurs pralines au gingembre et aux épices...
Pas de chômage, pas de violence, pas de gangsters, ni de racket... tout le monde au travail et à chacun sa place, eau potable pour tout le monde et le samedi soir, bal champêtre et spectacle gratuit avec les Tamtam and the Bongo Big Band. 

Un jour Anatole qui était devenu vieux arriva au presbytère :
-« Freddy je suis bien embêté... »
-« Ah bon et pourquoi donc... » 
-« Tu sais mon petit fils, celui qui avait ce café à Liège « Au Verviétois facétieux » ... et bien, il est revenu... »
-« Il est en vacances ? »
-«  Non il est revenu avec sa femme et ses gosses... il veut revenir ici... pour de bon…»
-«  Il faut voir ça de près... fais le entrer... »
-«  Et bien Kévin tu ne te plais plus à Liège ? tu veux revenir ici ? »
-«  Liège c’est foutu... C’est plein d’étrangers, on n’est plus chez nous, tu peux plus sortir de chez toi... d’ailleurs les Turcs ils ont compris depuis longtemps... ils rentrent l’un après l’autres en Turquie... les Grecs ils sont déjà tous partis, les Italiens, les Portugais et les Espagnols, les Polonais... ils sont tous rentrés chez eux... Moi j’aime pas les Chinois, les Mongols, les Kirghizes... Les Turcs n’aiment pas les Marocains et les Grecs n’aiment pas les Turcs, personne n’aime personne et moi non plus je ne les aime pas... Et puis ici c’est chez moi, je veux rentrer chez moi, je veux que mes enfants retrouvent leurs racines, soient bien éduqués, ne disent pas des gros mots dans des langues que je ne comprends pas... et puis si les autres Congolais rentrent au Congo je ne vois pas pourquoi moi je ne pourrais pas rentrer au Congo...et je sais pas si tu sais, mais la pluie verglaçante et le brouillard givrant sur la Côte de Ans, c’est pas quando caliente el sol, ni vamos à la playa... D’ailleurs en Belgique il n’y a plus rien qui fonctionne, les écoles, les soins de santé, l’assistance publique, il n’y a même plus personne qui répare les routes puisque les Italiens sont retournés en Italie... quand il y a une canalisation d’eau qui saute... il n’y a plus d’eau parce qu’il n’y a plus de plombiers polonais ... Un de ces quatre tout va sauter en l’air parce qu’il n’y a plus personne qui répare les canalisations de gaz... ça va être Felui and the big bang... »

-« Oeioeioei... – dit Freddy en se grattant le crâne pensivement – mais s’ils reviennent tous ici... nous qu’est ce qu’on va faire... 
 -«  Et bien - dit Jefken - on attend qu’en Belgique tout soit complètement foutu et quand ils en auront tous marre ils rentreront tous chez eux... et nous on rentrera chez nous dans notre Payottenland et on reconstruira tout... moderne et propre et organisé. Il n’y aura plus de chômage, du travail pour tous, ce sera comme après la guerre... c’est du déjà vu... on connaît la musique... Comme dirait Noé : après le déluge c’est à nous ! »

Et comme Noé, les colombophiles recommenceront des lâchers de pigeons.  

Anne Lauwaert






Le miracle de Saint Joseph


-« Aha! Voila Monsieur Justin! »
-« Bonjour Monsieur le Maire. »
-« Bonjour Justin, vous allez bien Justin ? »
-« Ca pourrait aller mieux Monsieur le Maire. »
-« Allons bon, voila que cela recommence, qu’est ce qu’il y a encore ? »
-« Je crois que nous allons avoir un problème, Monsieur le Maire »
-« Mais mon cher ami vous m’avez élu justement pour que je résolve vos problèmes. »
-« Trop c’est trop Monsieur le Maire... il y a des limites à tout... »
-«  Et bien dites moi tout. »
-« Voilà Monsieur le Maire, cette fois ce sont 27 Afghans... soit 3 vieillards, 11 hommes, 8 femmes, 3 adolescents et 2 enfants... »
-« Aha... » - dit le Maire devenu pensif...

Depuis l’avènement du machinisme et du charbon la Commune de Rianval avait été de toutes les parties. Au début on avait tout fait pour s’accaparer des vagues d’Italiens ou de Polonais, même des Russes car il fallait de la main d’œuvre pour les mines et les aciéries... Mais quand sont arrivés les Hongrois les choses étaient déjà un peu différentes. Avec les Tchécoslovaques les choses étaient tout à fait différentes, quand ont suivi les Grecs, les Espagnols et les Portugais on s’est demandé où on allait les mettre, d’autant plus qu’à peu près au même moment sont arrivés les Marocains, les Algériens et les Tunisiens. 
Les mines ont fermé et les aciéries ont suivi... Alors Rianval a du diversifier... Le Pays Noir est devenu coloré, multiethnique, multiculturel, multicolore... polychrome. C’est d’ailleurs à cette époque qu’on a été obligé de fusionner des communes sous le joyeux nom de Rianval. Finis les grincements des grandes roues noires au dessus des puits et des ascenseurs qui tombent jusqu’au fond et du grisou qui vous saute au nez et des chariots sur leurs rails et des bennes pleines de charbon. 
Maintenant c’est par quartier : la tarentelle à la mandoline du coté des Italiens, la moussaka au sirtaki du coté des Grecs, le flamenco et la paella de l’autre coté et puis pour le reste c’est de Marrakech a Istanbul avec meschui, falafel et  couscous... Non, non c’est pas triste et les odeurs de cuisine non plus c’est pas triste... 
A Rianval il y a de la place pour tout le monde... tant qu’il y en a pour deux, il y en a pour trois, c’est bien connu... Sans compter les asiatiques : saké, canard à l’orange, massages thaïlandais, bouddhistes tibétains. Tout ça, ça fait bon ménage, somme toute...

-« Vous avez raison Justin – dit le Maire encore toujours pensif...- on va avoir un problème... »
-« Tout compte fait ça n’est quand même que 27 personnes... »
-«  C’est bien ce que j’étais en train de me dire... c’est pas beaucoup, mais tout de même, c’est pas rien... chez moi il n’y a pas de place ... »
-« Chez moi non plus Monsieur le Maire... »
-« Et qui est ce qui nous amène ces gens ? »
-«  Comme toujours, Monsieur le Maire : les socialistes... »
-«  Mais Justin, ne dites pas ça avec ce dédain, les socialistes c’est de très bons électeurs... il faut absolument aller voir ce qu’on peut faire... »
-«  Alors il faut aller à la gare Monsieur le Maire... »

Le Maire et son secrétaire communal partirent à pieds vers la gare qui avec l’église et la mairie constituaient le triangle opérationnel de la commune. »
-« Bonjour Monsieur le Maire, nous vous attendions... »
-« Bonjour Monsieur Lerouge vous allez bien ? »
-« Oui, moi ça va pas mal, mais mes amis ici présents ont un problème... »
-« On m’a dit ça... mais quand même, je vous écoute... »
-« Et bien voilà, ces pauvres diables ne savent pas où aller... »
-« Ils ont des papiers ? »
-« Non, pas vraiment... »
-« Ils ont des moyens financiers ? »
-« Non, pas du tout. »
-«  Ils ont quoi alors ? »
-«  Ils ont peur d’être ramassés et expulsés ... parce que ce sont des clandestins...»
-«  Et bien, on va réfléchir à la question... »
-« Et en attendant, qu’est ce qu’on en fait Monsieur le Maire ? »
-« En attendant, allez au buffet de la gare et donnez leur une tasse de café avec une tartine... Je viens de livrer un excellent pâté de foie »- dit le Maire qui était aussi le boucher-charcutier de la commune. 

Le Maire et le secrétaire entrèrent  dans la maison communale.
-« Asseyez-vous Justin...  est-ce que vous avez une idée ? »
-« Non, pas vraiment... »
-« Voyons nos possibilités d’hébergement... »
-« Le dortoir du pensionnat des Dames de Marie est occupé par des chrétiens éthiopiens victimes des mahométans. 
Les abris antiatomiques sont réservés aux communautés homosexuelles provenant du Bahreïn, du Qatar et du Yémen .
La salle de gym du lycée est occupée par des filles en provenance du Mali qui ont voulu échapper à l’excision du clitoris.
La salle du Patro est occupée par des femmes Nigériennes  qui ont échappé de justesse à la lapidation pour adultère.
Le réfectoire de l’école des garçons est occupé par des animistes du Togo.
L’ex musée colonial est occupé par la table ronde de réconciliation Tutsi-Hutu.
Le dispensaire est occupé par les orphelins roumains et les enfants de Cernobil.
L’athénée est occupé par des farmers blancs qui ont tout perdu a cause de la réforme agraire au Zimbabwe.
Les abris de la protection civile sont occupés par des membres du Falung gong... rescapés de Chine.
Encore, si on pouvait mettre les Bosniaques ensemble avec les Croates, les Albanais et les Kossovares et les Tamil avec les Kurdes, on pourrait faire des regroupements et un peu de place pour les autres... »
-« Ca devient vraiment un problème, mais en conscience, si on a accueilli tous les autres je ne vois pas comment on pourrait refuser ces pauvres Afghans... »
-« On pourrait peut-être demander à la société cynophile ou la protection des animaux qui ont sûrement des sympathie pour les Afghans à cause des lévriers...» 
-« Mais non Justin, ils ont déjà tous leurs box pleins de chiens abandonnés... Ah, voila Monsieur Lerouge et bien cher ami ça s’arrange ? ils ont bien mangé ? »
-« Pas vraiment Monsieur le Maire il ne sont pas habitués à nos tartines... Ils veulent du thé sans eau mais avec du lait et du sel et des crêpes et ils ne mangent pas de jambon, ni de pâté de foie, ni de fromage et puis ils veulent égorger eux-mêmes des moutons... ça va être compliqué dans la salle des pas perdus de notre gare... ça va faire désordre... ça n’est pas le genre de la maison...»
-«  Question d’organisation.... mais on est en train de se demander où on va les loger... ça c’est une autre paire de manches... » 
-« Vous n’avez pas encore trouvé ? »
-« Non et je crois que vous allez devoir les prendre chez vous, dans les locaux du parti... après tout ce sont vos futurs électeurs... »
-« Mais non, ils ne votent pas pour les socialistes, ils votent pour le parti musulman, mettez-vous à leur place... »
-« Vous pouvez quand même les héberger. »
-« Dans la maison du peuple il y a déjà les exilés Cubains, les Chiliens et maintenant toute une vague d’Argentins... pas possible ... et puis le mélange de genres si différents.... »
-« Non, non je disais les locaux du parti »
-« Non Monsieur le Maire... les locaux du parti, ça c’est privé... moi aussi j’ai mes problèmes et quand je n’en peux plus de mes cinq gosses qui chantent du rap ou passent du disco...ce qui, entre nous soit dit, n’est pas du Johnny Hallyday...  en plus de ma femme qui fait du bel canto... non, les locaux du parti c’est exclu, c’est le denier refuge de mon american way of life... si je n’ai plus ça, il ne me reste plus que les grottes de Han ou le Trou du Diable... mais là mon portable ne fonctionne plus, ni mon laptop... » 
-« Il y a quelqu’un qui a une suggestion ? »
-« Il reste l’église... »
-« Oui, il reste l’église, mais attention à ne pas perdre de votes... s’ils vont à l’église ils risquent de voter social chrétien... »
-« Mais non ce sont des musulmans, il n’y a pas de bénéfice ni pour les socialistes, ni pour les verts, ni pour les libéraux, ni pour les calotins...ils votent pour la sharia. »
-« Et bien alors qu’est ce qu’on attend... appelez donc le Curé... »
-« C’est moi que vous attendez ? »
-«  Monsieur le Curé, vous tombez à pic ! »
-«  Vous ne m’appelez que quand vous avez besoin d’un service, mais on ne vous voit jamais à la messe... cela s’appelle de l’opportunisme... »
-« On vous offre des âmes à sauver, Monsieur le Curé... 27 âmes, c’est un joli cadeau... » 
-« C’est des quoi cette fois-ci ? »
-« Des Afghans Monsieur le Curé, des mahométans ... »
-«  Si ce sont des mahométans, on peut toujours voir... combien sont-ils ? »
-« 27, c’est pas grand chose... »
-«  Parfait, on a encore une trentaine de matelas du dernier rassemblement scout ... on va pouvoir les installer... »

On transféra donc les 27 Afghans dans l’église Saint Joseph .
-« Attention ! - dit le Curé- pas tous ensemble dans la nef, distribuez-les dans les chapelles latérales pour qu’ils aient un minimum de privacy... » 

Tout se passa fort bien. Les enfants furent installés dans la chapelle de l’Ange gardien, les vieillards dans la Chapelle de Saint Pierre, les jeunes dans la chapelle de Don Bosco et les couples mariés dans la chapelle de la Sainte famille.  Dans le cimetière adjacent on débroussailla quelques vielles tombes en face de la porte des morts pour faire une petite esplanade où installer un grill et une cuisinière au gaz sous un haut vent en cas de pluie. Pour le WC et la douche il y avait tout ce qu’il fallait dans la sacristie. 
Tout se passa fort bien en effet et la population qui en avait vu d’autres s’en accommoda et commença même à apporter des jouets pour les enfants, des cigarettes pour les hommes, des chocolats pour les dames et des victuailles pour tout le monde. Il y avait même déjà l’un ou l’autre Afghan qui avait commencé à aller tondre des pelouses pour se faire un petit pécule. L’école communale qui était toujours à la recherche d’élèves pour pouvoir maintenir les classes et les salaires des instituteurs avait déjà inséré les enfants et on se demandait comment on allait pouvoir insérer les adolescents dans l’école professionnelle.

Tout commença, par contre,  à foirer quand un beau matin une jeep de la police s’arrêta devant le portail de l’église.
-« Bonjour Monsieur le Curé. » - dit le Brigadier en faisant un salut militaire avec deux doigts touchant le bord de son képi. 
-« Bonjour Brigadier, il y a un problème ? »
-« Non, non Monsieur le Curé, petite visite de routine... »
-« Alors, entrez donc... »
-« Tiens, vous avez un happening, .... la visite de parents lointains... qu’est ce que c’est que tous ces gens là ?... Papiers s’il vous plait... » 
-« Hm, hm... – dit le Curé- ce sont de pauvres diables... ils n’ont pas beaucoup de papiers... je crains même qu’ils n’en aient pas du tout et soient des sans papiers tout court... »
-« Hm, hm – répondit le brigadier- des diables dans une église catholique, bizarre, bizarre, ça ne m’a pas l’air très orthodoxe, je crois qu’il va falloir exorciser tout ça...  Vous, Monsieur... nom ? prénom ? date de naissance ? lieu de naissance ? numéro de sécurité sociale ?... » 
-« Mais enfin Brigadier – intervint le Curé scandalisé- vous voyez bien que ces pauvres gens (cette fois il fut plus prudent dans le choix des substantifs) vous voyez bien que ces pauvres gens ne parlent pas le français... et s’ils n’ont pas de papiers... » 
-« Ca, Monsieur le Curé, s’ils n’ont pas de papiers, c’est ce qu’on appelle une situation illégale et on va devoir embarquer vos copains et les mettre dans une prison en attendant de leur trouver une place dans un camp de requérants d’asile en attendant de les expulser vers leur pays d’origine... »
-« Mon Dieu ! – s’exclama le Curé – quelle horreur ! quelle offense à la charité chrétienne, quelle blasphème dans un lieu saint ! Vous êtes ici dans une église, Brigadier, qui est un lieu inviolable... Tant que j’y pense, vous êtes vraiment en train de violer un sanctuaire inviolable, alors, je vous prie Brigadier, sortez d’ici avant que je n’appelle la police ! »
-« Mais la police, c’est moi, Monsieur le Curé ! »
-« Il y a différentes Polices mon ami et puisqu’il y a la guerre des polices j’en trouverai bien une qui vous fera des ennuis... en attendant, sortez et laissez nous tranquille ! »   
-« Insulte, menace et outrage à la Maréchaussée ?... ça coûte cher ça Monsieur le Curé... »
-« Mais, non mon ami, mais non, ça n’est que façon de parler...figure de style... Un peu d’indulgence voyons... notre commune est déjà pleine de toutes espèces indigènes et exotiques comme l’arche de Noé, vous n’allez tout de même pas faire un drame pour un rescapé de plus... »
-«  C’est bien la goutte qui fait déborder le bénitier, n’est ce pas Monsieur le Curé et le premier pas qui coûte... et bien l’Autorité a décidé que ça ne peut pas continuer durer... »- dit le Brigadier qui était bilingue. Puis il s’en alla abandonnant le Curé dans la plus sombre des perplexités... Tout le monde avait eu droit à son réfugié, et lui pas ... Qu’est ce que Monseigneur l’Evêque allait conclure de ça ?... Qu'est ce que Saint Pierre allait dire quand il allait se  présenter devant la porte du Paradis...
-« Aha, voici le Curé de Rianval qui n’a pas sauvé les âmes des brebis sans papier... »
Qu’allait-il pouvoir répondre à ça ?

Le Curé prit son portable et appela d’urgence le Maire, le Secrétaire Communal, le Président du Parti Socialiste, pour un briefing de la nouvelle task force dans son QG.
-« Ecoutez- dit-il en ouvrant une bouteille de vin de messe dont il avait une belle réserve dans l’armoire de la sacristie– l’heure est grave... » 
Et puis il expliqua la visite de la police et... le risque couru par ses protégés... 
-« Monsieur le Curé – dit finalement le Maire – vous ne croyez pas qu’on en a déjà assez avec toutes les paperasses de nos tracasseries administratives? ... Ecoutez Monsieur le Curé... adressez vous à votre parti parce que nous on en a plein les bottes et rien à cirer... »
-« Je m’en souviendrai Monsieur le Maire, quand vous aurez besoin de la bénédiction de notre Sainte Maire l’Eglise pour inaugurer vos ponts et vos autoroutes et la foire aux bestiaux ... Je m’en souviendrai... »
Les autorité laïques s’en allèrent laissant le Curé en proie à son casse-tête et bien soulagés de pouvoir s’en laver les mains.

Le Curé alla s’agenouiller devant l’autel central et supplia le Bon Dieu de lui venir en aide.
-« Ecoutez, mon ami – lui répondit le Bon Dieu – en ce moment je suis moi-même dépassé par les événements, avec un tas de types qui débarquent ici en réclamant des vièrges. Les vétilles de votre genre, voyez ça avec mes saints et dans le cas présent, interpellez votre évêque, sinon il va venir se plaindre chez moi qu’on ne suit pas la voie hiérarchique. Vous savez mieux que moi combien ces jésuites sont susceptibles... »
Le bon Curé alla donc trouver son évêque, lui expliqua toute l’histoire et conclut en disant :
-« Monseigneur... je m’en remets à votre sagesse et à votre immense bonté... »
-«  Comme toujours Monsieur le Curé, d’abord on laisse s’échapper les bœufs de l’étable et puis on vient me demander d’aller les récupérer... » 
-« Oui, ou bien non, en fait... Monseigneur, j’ai accueilli ces malheureux et maintenant on veut me les enlever et je ne sais pas comment les retenir sous ma protection... »

L’évêque réfléchit longuement... 
-« Ce sont des musulmans... Vous n’ignorez pas le péril vert qui s’est abattu sur l’Europe... les églises vides et les mosquées pleines ?... Si vous gardez ces musulmans ça en fait encore 27 en plus... d’ici peu aussi votre église sera transformée en mosquée... il y a péril en la demeure mon cher ami... et vous allez vous trouver au chômage comme tout le monde... ou bien on vous enverra en Mongolie où on est en train de construire des cathédrales pour  recommencer la christianisation par l’autre bout de la planète... Je ne crois pas que vous pouvez tenir ces musulmans, c’est nourrir une vipère en votre sein... » 
-« Et si je parviens à les convertir Monseigneur ? »
-«  Ah !... Ca c’est une autre histoire... si vous les convertissez ils deviennent des catholiques et ils seront obligés de venir à la messe le dimanche ... au moins ainsi vous aurez 27 fidèles assurés... Le calcul n’est pas mauvais ... Car 27 musulmans en moins et 27 chrétiens en plus pour nous c’est un bénéfice de 54 ... Je ne manquerai pas de signaler cette prouesse à Monseigneur le Cardinal ... D’ailleurs il part à Rome pour le prochain synode.  Remarquable... tout à fait remarquable...»
-« Ils sont si désespérés, Monseigneur... ils seront bien contents ... »
-« Mais j’y pense, s’ils se convertissent, en tant que musulmans, s’ils rentrent chez eux, ils risquent la peine de mort... Ils deviennent donc automatiquement des réfugiés politiques... on ne pourra donc plus les expulser... c’est pas bête ... bravo mon vieux... je m’en souviendrai... si on réussissait à convertir tous les musulmans cela ferait du beurre dans les épinards...   Vous prenez un petit Porto ? »

Le Curé rentra chez lui et convoqua l’interprète. 
-« Voilà – dit-il – il y a une solution : si ces Afghans se convertissent au catholicisme, ils ne pourront plus rentrer en Afghanistan parce qu’ils sont abjures et automatiquement ils deviennent des réfugiés politiques ou quelque chose de ce genre là ... et donc on ne pourra plus les expulser... enfin... cela deviendra fort difficile... »
Après de longues palabres les pauvres Afghans se décidèrent pour le baptême.
-« Mettons les choses bien au clair – précisa le Curé- il s’agit de signer un contrat dans lequel ils s’engagent à respecter leurs devoirs de catholiques scrupuleusement... il est exclu qu’ils commencent à me dire qu’ils sont catholiques non pratiquants... Moi j’ai besoin de catholiques très pratiquants, eux ils ont besoin de pouvoir rester, alors c’est donnant- donnant... une main lave l'autre...» 
-« C’est d’accord – dit le chef des Afghans – Rianval vaut bien une messe... »
Alors la bonne nouvelle se répandit dans la commune, on entreprit un marathon de catéchèse et en une semaine on arriva a fixer la date de la fête pour le baptême collectif qui allait être célébré par l’Evêque en personne et plusieurs prêtres oecuméniques dont un gay. On invita même le pasteur protestant pour lui faire comprendre que si lui aussi réussissait à convertir les musulmans, c’était tout de l’eau au même moulin... 
On n’osa pas inviter d’imam  mais on invita le grand maître de la loge maçonique et il accepta avec enthousiasme car lui aussi savait bien que si jamais le parti des musulmans gagnait les élections, c’en était fini des libre penseurs, des athées et des francs maçons... Et alors, vu que l’église catholique était devenue garante de la liberté de conscience... tous les libre penseurs se mirent à aller à l’église, non pas qu’ils fussent convertis, mais par conviction politique ou plutôt par instinct de survie... pensant eux aussi que la Loge valait bien une messe...

La fête fut grandiose, un baptême collectif de 27 personnes c’était du jamais vu, on retransmit en eurovision et le Pape envoya même une bénédiction via satellite.

La liesse populaire ne s’était pas encore calmée que la police des étrangers revint à la charge...
-« Mais Monsieur le Curé il n’y a pas a en sortir, baptisés ou pas, ce sont des sans papiers... »
-« Non, plus tout à fait, maintenant ils ont chacun un certificat de baptême... » 
-« Mais Monsieur le Curé, vous comprenez bien que si un certificat de baptême suffit pour recevoir un permis de séjour on va avoir l’afflux de tous les malotrus de la planète... vous comprenez quand même qu’on ne peut pas accepter ça... »
-« Mon Dieu, Mon Dieu... - pensa le Curé - qu’est ce que Monseigneur l’évêque va dire... »
-«  Et bien – suggéra le sacristain – qu’ils fassent la grève de la faim... ça, ça marche toujours... »
Alors dans la semaine qui suivit on s’installa pour une grève de la faim, avec visites de médecins, assistantes sociales, journalistes, etc, etc.

Après la deuxième semaine ils reçurent la visite du Président de la Région qui demanda a s’entretenir avec le chef des Afghans convertis.
-« Voila, Monsieur - dit-il – en aucun cas votre demande ne sera acceptée d’autant plus que vous avez entamé diverses manœuvres de chantage envers l’Etat... alors, arrangez vous pour quitter le pays à l’amiable sans nous obliger à employer la force.... »
Personne ne savait plus où on en était quand arrivèrent deux employés du gouvernement qui vinrent interviewer les grévistes.
-«  Vous avez l’intention d’interrompre votre grève de la faim ? »
-« Non »
-«  Vous avez quelqu’un qui va payer pour vos funérailles ? »
-« Non... »
-«  Bon... alors vos funérailles seront prises en charge par l’assistance publique...»
-«  Mes funérailles ? »
-« Et bien oui puisque vous voulez vous laisser mourir de faim... »
-« Mais on ne va tout de même pas nous laisser mourir de faim ? »
-« Mais si Monsieur, vous êtes ici dans un pays libre, chacun a le droit à l’autodétermination... » 
-« Vous nous abandonnez à notre triste sort ? »
-« Mais pas du tout Monsieur... nous avons promulgué une loi qui permet l’avortement, une autre qui permet l’euthanasie, une autre qui permet le suicide assisté... vous passez dans cette catégorie... Nous n’allons pas vous abandonner du tout, nous allons vous assister dans votre suicide, vous y avez droit... c’est tout à fait légal... » 
-« Vous n’allez pas nous empêcher ? »
-« Non, non, pas du tout, bien au contraire j’approuve tout à fait votre choix, pensez à ces malheureux bonzes qui s’immolent par le feu ou ces pauvres terroristes qui se font exploser et dont on ne retrouve que des lambeaux... Vous, au moins, vous avez fait un choix très digne... »
-«  Vous n’allez vraiment pas nous arrêter in extremis ? »
-« Quoi ? Vous n’hésitez quand même pas ? Vous n’allez tout de même pas vous dégonfler ? Il fallait y penser plus tôt, avant de mettre sur pied tout ce branle-bas de combat... Je ne sais pas si vous vous rendez compte de votre responsabilité... et de ce que ça risque de vous coûter... Il y a la télé du monde entier sur le parvis, avec Radio Vatican, CNN, Al Jasira et j’en passe et des meilleures, on a même lancé une opération du genre de la chaîne du bonheur pour financer votre enterrement et envoyer un petit cheque à votre famille... Si vous vous dégonflez tous ces types vont terriblement se fâcher... et plus personne ne prendra les grèves de la faim au sérieux... à mon avis vous n’avez pas le choix, vous devez aller jusqu’au bout... »
-«  A moins d’un miracle... » - balbutia le gréviste de la faim qui depuis qu’il s’était converti avait commencé à vraiment croire aux miracles.
-« Mais vous êtes déjà un miracle – insista l’employé -  vous avez échappé aux atrocités de 30 ans de guerre dans votre pays, vous avez fait le tour du monde dans les moyens de locomotion les plus dangereux, échappé aux pirates birmans, aux bandits corses, aux requins marteaux et aux pieuvres géantes, vous avez risqué d’étouffer dans les camions celés et vous êtes arrivés sains et saufs jusqu’ici pour pouvoir embrasser la vraie foi et mourir entourés d’amis qui vous accompagneront jusqu’aux portes du paradis... et justement comme si c’était prédestiné, dans l’église de Saint Joseph le patron de la bonne mort, c’est pas un miracle, ça ? »

La question la plus épineuse échut aux théologiens : 27 Afghans morts de faim sont-ils des martyrs ou bien des suicidés ? Les choses changent radicalement car le suicide est interdit par l’Eglise et on risque fort d’atterrir en Enfer, par contre s’ils sont des martyrs, alors il va falloir les canoniser et leur trouver une place dans le calendrier. Mais dans ce cas on peut refiler  la patate bouillante aux imprimeurs de calendriers.

Anne Lauwaert - copyright 2003 






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